Entourage Recrutement
Étape 2 sur 5— les documents d'un recrutement

La scorecard : cinq critères, pondérés, définis.

Un jury qui n'a pas écrit ce qu'il cherche change d'avis entre le premier et le dernier candidat. Ce n'est pas de la légèreté : c'est mécanique. Chaque entretien déplace la référence, et le dernier vu paraît toujours le plus proche de ce qu'on croit vouloir.

La scorecard existe pour figer cette référence avant le premier entretien. Voici le format que nous utilisons sur nos mandats — cinq critères, des pondérations volontairement inégales, une définition du succès par indicateurs — et un exemple complet.

Les règles de construction

Cinq règles, et elles ne se négocient pas.

Elles viennent de nos briefs de mission. Chacune corrige une façon précise de rater un recrutement.

  1. Cinq critères, jamais plus

    Au-delà de cinq, le jury ne discrimine plus : tous les candidats obtiennent une note moyenne et la décision se reprend à l'intuition. Cinq critères obligent à trancher ce qui compte vraiment — et cet arbitrage, fait avant de chercher, est précisément ce qu'un recrutement raté n'a jamais fait.

    Si vous n'arrivez pas à descendre à cinq, le poste n'est pas cadré.

  2. Des pondérations inégales, qui somment à 100

    Cinq critères à 20 % chacun, c'est une absence de décision déguisée en méthode. Le premier critère porte 30 à 35 % : c'est celui pour lequel on accepterait de renoncer à tout le reste. Le dernier en porte 8 à 15. L'écart entre les deux est l'information la plus utile de tout le document.

    Le critère à 35 % est celui qui justifie à lui seul un recrutement.

  3. Une définition du succès, pas un adjectif

    « Rigoureux », « bon relationnel », « esprit d'équipe » ne se vérifient pas et ne départagent personne. Chaque critère porte donc des indicateurs observables : un périmètre, un volume, une situation déjà traversée. « A déjà conduit une première clôture consolidée après acquisition » se vérifie en trois questions ; « rigoureux » ne se vérifie jamais.

    Un critère qu'on ne sait pas vérifier en entretien n'est pas un critère.

  4. Le dernier critère est toujours la contrainte pratique

    Mobilité, langue, localisation, disponibilité en période de clôture. Il pèse peu — 8 à 15 % — et c'est pourtant lui qui fait échouer les recrutements en fin de processus, quand tout le monde a déjà investi six semaines. L'écrire tôt, et le poser dès le premier entretien, coûte cinq minutes.

    Ce qui fait rater une signature se traite au premier entretien.

  5. Le processus et le package sont arrêtés avant de chercher

    Combien d'entretiens, avec qui nommément, dans quel ordre, et pour quelle enveloppe. Un processus qui s'invente au fil de l'eau ajoute un tour à chaque hésitation, et les meilleurs candidats partent au troisième. Nos briefs de mission portent ces deux blocs sur la même page que la scorecard, et ce n'est pas un hasard de mise en page.

    Un processus non arrêté s'allonge toujours, jamais l'inverse.

Un exemple complet

Une scorecard, au format que nous utilisons.

L'exemple ci-dessous est composite : le format est exactement celui de nos briefs de mission, le contenu ne reprend aucun mandat réel. Nos scorecards portent le nom du client, celui de ses dirigeants et le package négocié — rien de tout cela n'a sa place sur une page publique.

Brief de mission — mandat

Directeur Administratif et Financier — groupe en croissance externe

Groupe de services, 400 collaborateurs, trois acquisitions en dix-huit mois. La fonction financière a été construite pour une société unique et doit désormais consolider quatre entités. Création de poste, rattachement au Directeur général.

Scorecard — critères, pondérations et définition du succès
Critère cléPondérationDéfinition du succès (indicateurs)
Consolidation & normes30 %Indispensable. A déjà consolidé un groupe de quatre entités ou plus et conduit une première clôture consolidée après acquisition — de l'harmonisation des plans de comptes à la liasse. Maîtrise du référentiel applicable au groupe.
Pilotage & financement25 %Critique. Construction budgétaire et plan de trésorerie à dix-huit mois. Interlocuteur direct des banques et des actionnaires. A déjà tenu un covenant, et sait ce qu'il faut préparer pour en faire réviser un.
Structuration d'équipe20 %Requis. Encadrement de cinq à dix personnes. A recruté, réorganisé ou industrialisé une fonction comptable — et pas seulement dirigé une équipe déjà en place.
Système d'information15 %Essentiel. A conduit ou subi un changement d'ERP et sait ce que cela coûte en temps de clôture. Aisance sur l'outil de reporting en place ; capacité à arbitrer entre outil du marché et développement interne.
Mobilité & disponibilité10 %Requis. Deux déplacements mensuels sur les sites acquis. Disponibilité pendant les périodes de clôture, notamment sur la première clôture consolidée du groupe.
Total100 %La somme fait 100, et les écarts sont volontaires. Un candidat excellent sur les 30 % et faible sur les 10 % se recrute ; l'inverse, jamais.

Ce qu'on n'y écrit jamais

Quatre lignes à rayer du premier jet.

Elles apparaissent dans presque toutes les scorecards d'entreprise que nous relisons. Les deux dernières ne sont pas seulement inefficaces : elles exposent.

  • Les adjectifs

    Rigoureux, dynamique, force de proposition, bon relationnel. Ils sont présents dans neuf fiches sur dix et ils n'ont jamais départagé deux candidats. Ce ne sont pas des critères : ce sont des vœux.
  • Les critères non observables en entretien

    Si vous ne savez pas quelle question vérifierait le critère, il ne peut pas figurer dans la scorecard. C'est le test le plus rapide, et il élimine généralement deux lignes sur cinq du premier jet.
  • Les critères qui masquent un critère interdit

    « Disponibilité totale », « bonne intégration dans une équipe jeune », « présence indispensable sur site » peuvent constituer une discrimination indirecte selon la situation de famille, l'âge ou le handicap. Un critère doit se rattacher à l'aptitude professionnelle, et à elle seule.
  • Les seuils arbitraires

    « Dix ans d'expérience minimum » sur une technologie qui en a huit, « école de commerce du top 5 ». Ces seuils ne mesurent pas ce qu'ils prétendent mesurer, ils écartent, et sur l'âge ou l'origine ils exposent l'entreprise.

Questions fréquentes

Ce qu'on nous demande sur la scorecard.

Qu'est-ce qu'une scorecard de recrutement ?
C'est le document qui fixe, avant de chercher, sur quoi les candidats seront évalués et avec quel poids. Il tient en cinq critères pondérés dont la somme fait 100, chacun assorti d'une définition du succès par indicateurs observables. Il ne remplace pas la fiche de poste — qui décrit le poste — ni la grille d'entretien — qui décrit les questions. Il fait le lien entre les deux : la fiche dit ce qu'il y a à faire, la scorecard dit ce qui sera regardé, la grille dit comment on le vérifie.
Quelle différence entre une scorecard et une fiche de poste ?
La fiche de poste décrit le travail : missions, périmètre, environnement, conditions. La scorecard décrit la décision : les cinq choses sur lesquelles on tranchera, et leur importance relative. Une même fiche de poste peut donner deux scorecards différentes selon le contexte — un DAF recruté pour consolider n'est pas évalué comme un DAF recruté pour financer une levée, même si la fiche est presque identique.
Faut-il vraiment noter les candidats ?
La note n'est pas un verdict, c'est un révélateur de désaccord. Chaque membre du jury remplit sa scorecard seul, immédiatement après son entretien, avant tout débriefing — sans cela, le premier qui parle fixe l'avis des autres. Ce qui est utile en réunion, ce n'est pas la moyenne : c'est l'écart. Deux évaluateurs qui donnent 2 et 5 sur le même critère n'ont pas vu le même candidat, ou n'entendent pas la même chose par ce critère. C'est cette conversation-là qui vaut le document.
Sur quelle échelle noter ?
Quatre niveaux, jamais cinq. Une échelle impaire produit un point milieu où se réfugient les évaluateurs qui n'ont pas d'avis, et la moitié des notes s'y agglutinent. Quatre niveaux — insuffisant, partiel, conforme, supérieur — forcent à se prononcer d'un côté ou de l'autre. La note pondérée n'a de sens que comparée entre candidats, jamais dans l'absolu.
Peut-on modifier la scorecard en cours de recherche ?
Oui, et il vaut mieux l'assumer que le faire en silence. Il arrive qu'après trois entretiens le marché dise autre chose que ce qu'on avait supposé — le critère à 30 % n'existe pas dans le vivier, ou il existe à un tout autre niveau de rémunération. Dans ce cas, on réécrit la scorecard, on le dit à tout le jury, et on réévalue les candidats déjà vus. Ce qui est destructeur, c'est de garder le document et de décider sur autre chose.
Les critères d'une scorecard sont-ils encadrés par la loi ?
Oui. Les informations demandées à un candidat ne peuvent avoir pour finalité que d'apprécier sa capacité à occuper l'emploi ou ses aptitudes professionnelles, et doivent présenter un lien direct et nécessaire avec l'emploi proposé. Un critère qui s'éloigne de l'aptitude professionnelle est irrégulier, et un critère apparemment neutre qui désavantage en pratique un groupe protégé constitue une discrimination indirecte. C'est la raison pour laquelle chaque ligne d'une scorecard doit se rattacher à une situation de travail concrète.
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